Profession : Spécialiste en engagement du public

Profession : Spécialiste en engagement du public

Bhuta Yoga – Jan/Fev 2018

Profession : Spécialiste en engagement du public

Par Dany Lavigne

 Cette année, j’ai eu la chance d’être responsable du comité de la Fondation David Suzuki à mon Cégep. Cela m’a permis de rencontrer des gens passionnants. J’avais envie de vous présenter l’une des employées de la Fondation David Suzuki : Mme Julie Roy. Elle m’a reçu à son bureau de la Maison du développement durable à Montréal.

Dany Lavigne : Vous exercez un métier assez peu commun : spécialiste en engagement du public. Qu’est-ce qu’une spécialiste en engagement du public?

Julie Roy : C’est vrai que c’est un terme qui est vraiment relatif aux organismes non gouvernementaux (ONG) et qui est difficile à expliquer au grand public. Pour le résumer en un mot : mobilisation. Je travaille avec des collègues qui sont en communication, qui sont des scientifiques ou des designers. Moi, mon métier, c’est d’aller à la rencontre du grand public, des classes, de monsieur, madame Tout-le-monde dans la rue. Je cherche à les convaincre – via nos campagnes – que l’environnement, c’est important, et qu’ils devraient s’engager pour la cause. Même si c’est avec d’autres ONG, peu importe. Tant qu’ils ont été sensibilisés, je considère que j’ai fait mon travail. On est très amis avec les autres ONG!

 DL : Comment vous êtes-vous retrouvée à la Fondation David Suzuki?

JR : Je suis arrivée au Québec il y a sept ans. Ça faisait longtemps, en France, que j’étais impliquée de manière bénévole dans les ONG ou dans les associations. J’avais envoyé beaucoup de CV sans que ça marche. Et en arrivant ici, ça a immédiatement fonctionné chez OXFAM-Québec, où j’ai travaillé durant cinq ans. Comme c’est vraiment la cause environnementale qui me tenait à cœur, quand l’opportunité s’est présentée, j’ai quitté OXFAM pour aller chez Greenpeace. Après, je suis passée à la Fondation David Suzuki. Ils voulaient quelqu’un qui avait de l’expérience en engagement du public. Ça collait bien parce que, chez OXFAM, j’avais organisé la Marche Monde, à laquelle 10 000 jeunes participent chaque année. C’est vraiment un exemple de mobilisation!

 DL : Qu’est-ce qui distingue la Fondation David Suzuki de groupes environnementaux comme Greenpeace et Équiterre?

JR : On rame tous dans le même sens. On collabore vraiment beaucoup. Je dirais que la grosse différence avec la Fondation est que, nous, on est basés sur la science. J’ai plus de la moitié de mes collègues qui sont des scientifiques purs et durs. L’autre partie de mon travail en engagement du public, c’est de réussir à vulgariser tout ce que ces « scientifiques-nerds » développent. Par exemple, ils ont réalisé récemment une étude sur les fuites de méthane dans les mines abandonnées en Colombie-Britannique. La Fondation David Suzuki travaille avec les autres ONG. Au Québec, c’est quand même un petit monde, on se connaît tous. Quand on sort des campagnes sur des gros sujets comme Énergie Est, on est tous ensemble. Il y a d’autres thèmes que l’on se « répartit » : Greenpeace a une campagne sur la forêt boréale que, nous, on n’a pas; Équiterre a les paniers bio que, nous, on n’a pas; on a les papillons monarques qu’eux n’ont pas.

 DL : Le 19 mai dernier, la Fondation David Suzuki a tenu son Grand Pique-Nique Urbain. Quel bilan faites-vous de cette quatrième édition?

JR : Le but de l’événement, c’est de sortir de la population à laquelle on parle tout le temps : les verts foncés et les granos, ceux qui nous connaissent déjà. Le fait d’être dans un endroit différent nous permet de rencontrer un public différent, les gens qui travaillent au centre-ville, ceux qui passent sur la rue Sainte-Catherine, ceux qui travaillent au Complexe Desjardins. Ça nous permet de toucher 4 000 personnes qui ne nous connaissaient pas. Donc, c’est ça l’intérêt de l’événement.

DL : Donnez-moi un exemple de dossier pour lequel la Fondation David Suzuki agit dans Lanaudière.

JR : L’exemple le plus actuel est celui des deux aérodromes : à Saint-Cuthbert et à Mascouche. C’est un sujet important, parce que c’est vraiment l’opposition citoyenne qui peut faire basculer le dossier. Les MRC sont opposées et les maires sont opposés. Il y a même eu l’Assemblée nationale qui a adopté une résolution à l’unanimité. Maintenant, il faut que le fédéral écoute. La Fondation David Suzuki s’est impliquée surtout à Saint-Cuthbert, puisque la municipalité est plus petite et que l’opposition était moins structurée. Notre avantage, c’est qu’on arrive avec un gros nom, avec plus de moyens que les citoyens qui ont envie de s’opposer et qui ne savent pas par quel bout s’y prendre. Nous avons une sorte de rôle de fédérateur. Les groupes d’opposition viennent à nous et on les met en contact. Je pense que, pour les citoyens, quand la Fondation David Suzuki s’intéresse à un dossier, ça doit les motiver et les rassurer aussi. Quand on partage une pétition sur nos réseaux sociaux, ça amène un gros boost de signatures. On travaille beaucoup sur le dossier des aérodromes et on espère que ça va porter fruit prochainement.

 DL : Qu’est-ce que des gens de Terrebonne-Mascouche qui souhaitent s’impliquer dans la Fondation David Suzuki pourraient faire?

JR : Rejoindre le mouvement d’opposition à l’aérodrome! Après, pour quelque chose de moins politisé, il y a la campagne de plantation d’asclépiades. Le but est de planter de l’asclépiade à grande échelle à travers tout le Québec pour lutter contre le risque de disparition du papillon monarque. Sa population a baissé de 90 % en dix ans. Il y a une corrélation entre la diminution des monarques et la diminution de l’asclépiade, qui est la seule plante dont se nourrit ce papillon. Bien sûr, ce n’est pas parce que vous en plantez que vous verrez des monarques dans votre jardin l’année prochaine! Je trouve que c’est une façon un peu moins politisée, plus soft de rentrer dans le mouvement environnemental, de faire un premier geste juste en jardinant.

DL : Cette année, vous avez eu un groupe de la Fondation David Suzuki au Cégep de Terrebonne. Comment avez-vous trouvé l’expérience?

JR : C’est la première fois que nous avions un groupe dans un cégep. Il faut noter qu’on est quand même une petite équipe : on n’est que 12 au Québec (à l’inverse d’Équiterre, par exemple, qui sont 30-35). Je pense que le succès de tels comités dans les écoles dépend beaucoup des profs et de l’implication des élèves. Le groupe en l’occurrence a embarqué sur toutes les campagnes, est venu visiter les locaux, a participé aux Soirées-cinéma. Je trouve que, sur l’année, pour les étudiants, ça donne un bon panorama de ce qu’est le milieu environnemental : oui, on peut planter de l’asclépiade, mais il y a aussi des films engagés, des pétitions, etc. Du point de vue de la Fondation David Suzuki, c’est super d’aider la relève et de la motiver. Je les ai rencontrés ces jeunes-là, ils étaient très allumés! À mon avis, ils vont tous rester engagés pour le reste de leur vie. Bref, c’est une expérience qu’on aimerait bien faire plus largement.