L’équilibre naturel

L’équilibre naturel

Bhuta Yoga – Jan/Fev 2018

L’équilibre naturel

Par Dany Lavigne

Mme Annie Robin est propriétaire de la ferme écologique Panier Nature à Saint-Lin. Le 3 avril dernier, elle est venue donner un atelier au Cégep de Terrebonne sur la fabrication de savons artisanaux. J’en ai profité pour l’interviewer sur sa petite entreprise. 

Dany Lavigne : Qu’est-ce que Panier Nature?

Annie Robin : Panier Nature, c’est une petite ferme éducative et écologique que j’ai fondée il y a une vingtaine d’années. Avant cela, je travaillais au centre-ville de Montréal avec des personnes itinérantes atteintes du sida. Il aura fallu cinq ans et 78 visites avant que mon conjoint et moi trouvions notre fermette. On a vraiment eu un coup de cœur. Quand on est arrivé là, je suis tombée en amour avec les lieux. C’est la nature qui m’a interpelée. Je me suis construite de façon autodidacte. Il n’y avait pas beaucoup de cours en environnement à cette époque-là.

DL : Vous avez lu sur le sujet.

AR :Oui, sur la biologie et d’autres sciences. Au début aussi, on a suivi un cours en maraîchage biologique. Mais je trouvais ça très difficile, je trouvais le cadre très compliqué. De façon intuitive, je suis allée vers une autre façon de faire mes jardins qui consistait à laisser beaucoup plus les mauvaises herbes s’intégrer. Finalement, je voyais que ça avait des effets bénéfiques. Je me suis rendu compte que ces mauvaises herbes-là qui poussaient, c’était des orties, des asclépiades, des millepertuis, des achillées millefeuilles qui sont des plantes médicinales extraordinaires. Des Européens qui sont venus chez nous, il y a une quinzaine d’années, m’ont dit : « Madame, vous faites de la permaculture. » Je n’avais jamais entendu parler de ça de ma vie, alors je me suis informée sur le sujet. Ce fut l’un des premiers jardins de permaculture qui a été fait au Québec de façon plus formelle.

DL : L’idée qu’il y ait une vocation éducative, ce n’était pas dans le projet au départ.

AR : Ce n’était pas dans le projet du tout. Au départ, j’avais l’idée de me faire un jardin à moi. À la demande d’amis qui venaient souvent manger chez nous, j’ai monté une entreprise de petits plats préparés végétariens à partir des légumes du jardin. J’ai vendu notamment dans les Rachel-Berry. Puis les gens me disaient : « C’est bon ce que tu fais, tu devrais nous donner des cours de cuisine végétarienne. » J’ai commencé dans ma cuisine avec des petits groupes de deux ou trois personnes. Puis se sont ajoutés les cours sur les savons et les produits médicinaux. À un moment donné, c’est devenu gros et j’ai dû choisir de ne faire que des cours et des ateliers. C’est comme ça que Panier Nature est né. Au total, j’offre désormais une vingtaine de cours différents. J’apprends aux gens à aller magasiner dans le jardin au lieu d’aller magasiner au Walmart!

DL : Qui gravite autour de Panier Nature?

AR : Panier Nature, c’est rendu vraiment un centre d’échange et de recherche. Je reçois beaucoup d’universitaires à la maîtrise et au doctorat qui s’intéressent à la permaculture. En outre, je travaille beaucoup avec des bénévoles. Je n’ai pas d’employés et j’ai d’immenses jardins. Les gens viennent chez nous pour apprendre. Certains ne sont pas capables de se payer des cours, mais ils viennent m’aider et je leur donne en retour. Je fais beaucoup de réinsertion sociale et de réinsertion professionnelle, notamment en collaboration avec le Carrefour jeunesse-emploi.

DL : Vous vous êtes définie comme « permacultrice ». C’est un terme avec lequel je ne suis pas très familier. En quoi consiste la permaculture?

AR : La permaculture, c’est une façon très écologique de vivre et de jardiner en respectant la nature. Quand la nature qui nous entoure n’est pas équilibrée et n’est pas respectée, il faut la recréer. On refait des designs. Un design permaculturel est une façon de gérer notre jardin, notre espace en remettant des arbres, en faisant revenir des oiseaux, des grenouilles, des insectes. On met plusieurs variétés de plantes de façon à ce que cet équilibre écologique revienne dans nos jardins. Ce qui fait qu’on n’a plus besoin d’intervenir, c’est la nature qui intervient. Moi, je ne laboure plus du tout mes jardins, je n’enlève pas les mauvaises herbes, je n’arrose jamais. C’est comme une forêt. La forêt, si on ne la détruit pas, elle fonctionne depuis des millénaires en équilibre. C’est quand on commence à intervenir qu’on défait l’écosystème : il faut remettre des engrais, réarroser, replanter. Si on ne défait pas tout ça, si on ne laboure pas notre terrain, le sol a tout ce qu’il faut pour nourrir les plantes.

DL : Un autre service que vous offrez, ce sont les camps de jour. Comment réagissent les enfants qui y participent?

AR : Très bien. Ça change complètement leur conception de la nature. Les enfants arrivent chez nous en disant : « Ah! une bibitte! » et ils sortent en disant : « Maman, fais attention, ne tue pas l’araignée! » Il y a un volet très scientifique sur la nature et aussi un volet de transformation artisanale. On va chercher notre argile dans les fossés pour faire de la poterie ou pour la mettre dans les savons. Ou encore, on va cueillir nos végétaux pour les cuisiner ou pour faire de la vannerie, des petits paniers. On va beaucoup dans les jardins, dans la forêt, dans les champs. L’humain, c’est dans ses gènes d’être bien dans la nature. Je redonne cet accès-là aux jeunes. Je leur montre comment jouer dans la nature et avec la nature. On se fait des abris sans aucun outil, des feux sans allumette. C’est vraiment l’fun!