Le jaune leur va si bien

Le jaune leur va si bien

Bhuta Yoga – Jan/Fev 2018

Le jaune leur va si bien

Par Dany Lavigne

Alexandre Désy est un jeune homme très impliqué dans sa communauté. Celui qui a commencé avec la Patrouille environnementale de Terrebonne, il y a quelques années, travaille présentement au démarrage d’une entreprise ayant pour mission le développement durable. Il a notamment remporté le prix dans la catégorie « Environnement » du Gala Florilège en 2014 pour son engagement au sein de Bécik Jaune. Cette entreprise d’économie sociale, dont il est le président, a pour mission de d’encourager le transport actif par l’accessibilité de vélos gratuits en libre-service et récupérés.

Votre organisme, Bécik Jaune, est un bel exemple de résilience.

Bécik Jaune s’est incorporé en 2015. Après des coupures, on a connu une période difficile. On a essayé de se relever, d’aller chercher le financement nécessaire pour survivre, notamment à l’aide d’une campagne de sociofinancement. L’ancien coordonnateur, Pierre Vachon, a dû quitter volontairement. Un mécanicien a aussi été mis à pied, car les finances ne nous permettaient pas de le garder. On savait qu’on avait une période transitoire d’environ un an, le temps que tous les actifs passent du Conseil régional de l’environnement de Lanaudière (CREL) à Bécik Jaune. Bref, ça faisait beaucoup de choses à gérer sur le plan administratif, surtout quand on a peu de ressources. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a réussi! En date d’aujourd’hui, on est capable d’assurer le salaire de Maxim, notre contremaître d’atelier, jusqu’en mars. On n’a jamais cessé nos activités, on a toujours continué du moins d’opérer nos deux ateliers à Mascouche (école L’Impact) et à Joliette (école Barthélémy-Joliette). S’il avait fallu fermer une boutique ou perdre notre seul employé restant, le projet se terminait… Maintenant on peut penser en termes de développement.

Pourquoi avoir emprunté la voie de l’économie sociale en 2015?

Parce que ça répondait entre autres à notre mission. D’abord à la vocation sociale, puisqu’on offre des milieux de stage protégés aux jeunes à risque de décrochage scolaire. Par la suite, la vocation environnementale : on détourne des vélos de l’enfouissement. En 2014, c’est à peu près 1 600 tonnes de vélos auxquels on a donné une deuxième vie. Ce n’est quand même pas rien! Le vélo est un moyen de transport qui est accessible, qui est peu cher pour les citoyens et qui en plus réduit les émissions de gaz à effet de serre. Enfin, la vocation économique nous permet boucler la boucle du développement durable. Avec le vélo en libre-service, on essaie toujours d’offrir un service qui est le plus rentable possible. Il faut savoir que les budgets municipaux ne sont pas infinis. On essaie de s’adapter à cette réalité-là pour offrir quelque chose qui est intéressant, qui est abordable aussi.

Un des défis avec le vélo en libre-service est qu’il faut s’assurer que les usagers rapportent les vélos aux points de chute. Qu’avez-vous prévu à cet effet?

Notre borne électronique offre en quelque sorte une police d’assurance. La carte électronique est bonne pour un usage, c’est-à-dire qu’une fois qu’elle est scannée, la personne prend son vélo, fait son déplacement et doit le ramener dans une borne, sinon elle ne pourra pas en reprendre un autre. Comme chaque carte est codée avec un identifiant unique, on sait qui a emprunté le vélo. Bien sûr, avant d’émettre la carte, on va suggérer fortement qu’un formulaire s’inscription soit complété pour recueillir les informations importantes. S’il y avait un problème avec un usager, il risquerait de ne plus être admissible l’année suivante. La gestion de ce service pourrait être effectuée soit par nous, soit par la ville. Encore une fois, c’est une option qu’on peut offrir.

On retrouve des vélos en libre-service dans des grands centres urbains comme Toronto, Paris ou New-York. Mais est-ce que des villes plus petites ont un bassin de population suffisant pour accueillir de telles initiatives?

Oui. C’est sûr que le BIXI ou les Vélib’ à Paris, c’est le genre de systèmes qui répondent surtout aux besoins des métropoles qui ont une forte densité de population. C’est notamment une des raisons pour lesquelles ils sont payants aussi : les vélos valent plus cher, l’entretien est beaucoup plus cher également. En revanche, Bécik Jaune serait beaucoup plus difficile à opérer dans un lieu comme Montréal. L’inverse est tout aussi vrai. Les municipalités en région, sur la Rive-Nord ou la Rive-Sud, ne pourraient pas se payer l’équivalent du BIXI. Et c’est justement le segment de marché qu’on cible avec le produit qu’on a développé. Une petite municipalité de 2 000 habitants pourrait se procurer une seule borne avec 10 vélos. Quant à des villes comme Terrebonne et Mascouche, elles pourraient se doter d’un réseau de bornes. Ce qui est intéressant dans notre système, c’est qu’on peut aussi dire : « On vous vend deux-trois bornes et, si ça marche bien, on vous en vendra d’autres l’année prochaine. » On n’est pas obligé d’implanter un vélo en libre-service avec 25 bornes d’un coup! La flexibilité de notre offre de service, je pense que c’est là-dessus qu’on va se démarquer.

Concernant les autres dimensions de Bécik Jaune (vente, réparation, entretien) est-ce que les choses vont bien?

À notre point de service à Joliette, on opère une boutique qui fait la vente et l’entretien de vélos. On fait aussi du vélo sur mesure (fixie). Ça va relativement bien, notre chiffre d’affaires est quand même intéressant et nous permet de garder notre ressource salariée à temps plein. D’ailleurs, en ce moment, on est en évaluation et en étude de marché pour savoir si on ne pourrait pas établir un deuxième point de service ouvert au grand public dans la MRC Les Moulins. On n’est pas pressé, parce que ça implique quand même des investissements financiers, mais on regarde les possibilités par rapport à d’éventuels partenaires et d’éventuels sites. Personnellement, ça me ferait plaisir de pouvoir desservir mon ancien patelin, Terrebonne-Mascouche! On est dans un marché qui n’est pas exploité et où il y a quand même pas mal de monde. L’idée n’est pas de jouer du coude avec les autres boutiques de vélos, mais de travailler en collaboration avec celles-ci, comme on le fait déjà.

Diriez-vous que les villes de Terrebonne et de Mascouche sont bien adaptées pour les cyclistes?

Ça, c’est une grande question! C’est sûr que toutes les banlieues ont été créées pour la voiture en premier lieu. Est-ce que c’est mal? Pas nécessairement. À cette époque, je pense qu’on réfléchissait simplement à développer. Aujourd’hui, la conscience environnementale évolue de plus en plus. La nécessité de bouger, d’être en santé, d’habiter dans un milieu sain, c’est important pour les citoyens et ils le demandent auprès de leurs institutions. Les gens veulent être bien chez eux. Ceci dit, il n’est pas si évident de bien développer le réseau cyclable. J’essaie de me mettre à la place des élus municipaux. Leurs villes sont aux prises avec presque une centaine de réglementations et de lois. Sans compter les budgets à respecter. Je pense que la volonté est là. J’ai vu évoluer la TransTerrebonne, tout comme plusieurs pistes cyclables à Mascouche. Le vélo fait d’ailleurs partie intégrante du projet de Manoir seigneurial. Est-ce que les installations actuelles pourraient être mieux? Ça pourrait toujours être mieux, mais elles sont quand même intéressantes. Si les gens souhaitent qu’il y ait plus de pistes cyclables et un meilleur aménagement, je les encourage à aller cogner à la porte de leur Ville. Je crois beaucoup en la participation citoyenne.