La voiture électrique pour les nuls

La voiture électrique pour les nuls

Bhuta Yoga – Jan/Fev 2018

La voiture électrique pour les nuls

Par Dany Lavigne

J’aimais bien les voitures électriques, mais j’avoue que je continuais à entretenir certains préjugés à leur endroit (trop chères, pas assez fiables). Or, ma rencontre avec le président de l’Association des Véhicules Électriques du Québec (AVÉQ), M. Robert Dupuy, m’a convaincu : ma prochaine auto en sera une que je pourrai recharger!

Depuis quand conduisez-vous un véhicule électrique?

Les voitures électriques, je connaissais ça depuis quelques années. J’ai un cousin qui avait une Leaf, un pionnier qui avait acheté ça alors que tout le monde pensait que ça ne marchait pas. Évidemment, c’était un modèle un peu plus ancien avec des choses qui ne fonctionnaient pas bien, mais c’était toujours la magie de voir cette voiture de Star Trek qui ne faisait pas de bruit au démarrage! Et puis un jour, tout à fait par hasard, j’arrête chez Albi Nissan et je leur demande : « Avez-vous une voiture électrique? » Panique dans les yeux du vendeur qui finit par me dire qu’il en a une usagée. Je me souviens que la batterie était presque complètement déchargée. C’était très exactement le vendredi 5 décembre 2014 à 15h30! Donc, j’ai acheté ça et malheureusement je me la suis fait voler… un mois après par ma femme qui a décidé que c’était maintenant sa voiture! Cette Leaf-là, on s’est rendu aux États-Unis avec. Et les gens disent : « Il n’y a pas d’autonomie. »

Vous anticipez une de mes questions!

Les gens disent : « Il n’y a pas d’autonomie. » Moi je réponds : « L’autonomie, c’est un problème sans borne. » Donc, s’il n’y a pas de borne, c’est comme s’il n’y avait pas de postes d’essence. S’il y en a, tu te recharges, c’est tout. Il y a maintenant des bornes rapides qui font que le trajet Montréal-Québec implique un ou deux arrêts de 10 à 20 minutes, dépendamment de la température et de la voiture.

Qu’est-ce qui vous plaît dans la voiture électrique?

Au départ, c’est agréable. Maudit que c’est l’fun à conduire! J’ai encore le même plaisir à prendre mes voitures après deux ans et demi. Deuxièmement, l’économie. Bien sûr, les voitures coûtent plus cher à l’achat, mais sur quelques années on s’y retrouve rapidement. Les frais d’utilisation sont dix fois moins grands que pour une voiture à essence. On parle, pour 20 000 à 25 000 km, de moins de 300$ de coûts d’électricité. Donc, grosso modo, vous payez en un mois avec une voiture à essence ce que ça vous coûterait en une année avec une voiture électrique. Et c’est sans compter que la voiture électrique nécessite très, très peu d’entretien. Troisièmement, c’est de l’énergie québécoise qu’on met de là-dedans. Au plan macroéconomique, j’ai l’impression de contribuer au PIB du Québec en utilisant de l’énergie propre de chez nous au lieu du pétrole d’ailleurs. Mais au départ, j’insiste là-dessus, ce n’est pas se martyriser pour le bien de la planète que d’utiliser la voiture électrique. On est tellement plus relax. J’ai réappris à écouter de la musique. Il faut croire que je ne suis pas le seul à penser ça : Lanaudière est la région du Québec où il y a le plus de voitures électriques par tête de pipe. Et la ville de Terrebonne arrive au cinquième rang en nombre absolu de véhicules.

À votre avis, le gouvernement du Québec en fait-il assez pour inciter les gens à se tourner vers les véhicules électriques?

Il faut rendre à César ce qui est à César. Le Québec a été le pionnier au Canada dans l’utilisation, la promotion et le support des voitures électriques. Il y a un programme du gouvernement québécois, Roulez électrique, qui décline différents incitatifs, dont certains peuvent aller jusqu’à 8000$ de rabais à l’achat d’une voiture (ce n’est pas un crédit d’impôt). Il y a aussi un incitatif sur l’installation de bornes de recharge à la maison et un incitatif pour les entreprises – pensons à un cégep, par exemple – qui veulent installer des bornes pour leurs employés. Bref, il y a différentes mesures qui sont en place. Ce qui explique que le Québec représentait, jusqu’à tout récemment, 50% des voitures électriques dans le Canada. En outre, le gouvernement provincial a adopté une loi zéro émission qui oblige les détaillants et les constructeurs à offrir des véhicules électriques. Il s’est fixé un objectif de 100 000 voitures électriques en 2020. Aujourd’hui, le Québec en compte 13 500.

On a tendance à présenter la voiture électrique comme la solution ultime à la crise environnementale. Pourtant, elle a aussi une empreinte écologique.

Il faut comprendre que c’est un produit industriel. Il y a un processus manufacturier, comme pour la voiture à essence. Je veux tout de suite rassurer les gens : la voiture électrique ce n’est pas une flashlight. Tu ne changes pas les batteries aux trois semaines. Moi-même je ne connais personne qui a eu à changer sa batterie (sauf dans des cas de défaut ou d’accident). Celle-ci est garantie huit ans par le manufacturier. On pense que sa vie utile dure autour de 15 ans. Et une fois qu’elles sont moins performantes, les batteries restent quand même des réservoirs d’énergie intéressants. On les réutilise comme power supplies pour des génératrices de secours.

Est-ce que vous êtes optimiste par rapport à l’atteinte de l’objectif de 100 000 voitures électriques en 2020?

Non, il y a trop de monde qui tire pour ne pas que ça marche, notamment la Corporation des concessionnaires et le CAA. Ils sont contre l’ingérence gouvernementale dans ces choses-là. Si on veut atteindre le 100 000, il y a trois choses à faire. D’abord, il faut bonifier les incitatifs aux véhicules électriques, à l’exemple de l’Ontario (où ils peuvent atteindre 14 000$) et de la Colombie-Britannique. Deuxièmement, il faut former et informer le monde. Je n’en reviens pas que des gens me racontent toujours les mêmes âneries. Il y a d’énormes préjugés qui sont véhiculés par une presse à sensation, avec des journalistes qui n’étudient pas les dossiers. Heureusement, ce n’est pas vrai pour tous, il y en a de plus en plus qui font un excellent travail. Il faut former aussi des spécialistes, des mécaniciens, des vendeurs de voitures, etc. Troisièmement, il faut augmenter le réseau de bornes. Si la borne que tu voulais utiliser est en panne, t’es fait. Dans le tissu urbain il n’y a pas de problème, mais si tu fais des interurbains, par exemple Montréal-Sherbrooke, c’est une autre histoire. L’Ontario l’a compris, ils vont installer plus de 200 bornes rapides d’ici juin. Au Québec, on en a moins de 80. Ce n’est pas suffisant.

Quelles sont les progrès récents en matière de véhicules électriques?

J’ai vu à Rawdon, la semaine dernière, la première Bolt qui est une voiture dite « grand public » et qui a une autonomie de 400 km. Et 400 km, c’est beaucoup trop! C’est beaucoup trop pour le quotidien, c’est beaucoup trop pour les gens qui font Montréal-Terrebonne. Ça franchit une barrière psychologique. C’est extrêmement important de comprendre que 2017-2018 marque un changement important dans les voitures électriques. On arrive avec des voitures qui vont doubler et plus d’autonomie. N’oublions pas que la Norvège a décrété que, dans quelques années, ils ne permettront plus la vente de voitures à essence. Ce petit pays de 8 millions d’habitants compte déjà 100 000 véhicules électriques.