Cultivons le doute

Cultivons le doute

Bhuta Yoga – Jan/Fev 2018

Cultivons le doute

Par Mathieu Bélanger

L’été dernier, quelqu’un avait publié sur la page Spotted : Mascouche un message voulant que des policiers donnent des contraventions aux conducteurs tournant à gauche pour accéder aux commerces et traversant ainsi une ligne pleine sur la chaussée. Ce texte, republié sur Facebook, fit passablement réagir, recevant près de 500 réactions (« j’aime », commentaires et partages combinés). Le maire de Mascouche Guillaume Tremblay a alors répondu publiquement à ce message, affirmant qu’aucune contravention n’était donnée pour cette raison et que la personne visée n’a jamais contacté la Ville pour éclaircir la situation, malgré la demande à cet effet.

Bref, rien n’indique qu’il y avait un fondement à cette histoire. Et pourtant, des centaines de personnes ont vu ce message et se sont même obstinées entre elles par rapport au droit des policiers de faire cela ou non. Surtout, plusieurs ont été en colère auprès des policiers et de la Ville, voire envers Guillaume Tremblay… alors que, une fois de plus, toute cette histoire était, semble-t-il, fausse. Pendant ce temps, on entend de plus en plus parler, surtout chez les Américains, mais ici aussi, de « fausses nouvelles ». À la lumière de tout cela, il peut être pertinent de revoir les règles de base lorsque l’on consulte les réseaux sociaux.

  • Lisez ce paragraphe jusqu’au bout, la fin vous jettera par terre! La plupart des nouvelles que vous verrez sur Facebook visent d’abord à créer une émotion chez vous, souvent dans le simple but que vous cliquiez sur un lien, octroyant ainsi un revenu au site hébergeant le lien en question. Méfiez-vous de tous les titres sensationnalistes. Effectivement, il n’y a rien de très surprenant dans ce paragraphe.

 

  • Saviez-vous que, d’après un récent sondage, 40 % des Terrebonniens affirment déjà avoir vu un OVNI? Vous ne le saviez pas? Moi non plus d’ailleurs, puisque, vous l’aurez deviné, j’ai inventé cette statistique. Avant de croire une statistique donnée sur les réseaux sociaux (surtout les mèmes, ces images contenant généralement une phrase ou deux qui visent à être diffusées largement sur les réseaux sociaux afin de convaincre d’une idée en particulier), surtout si l’information semble surprenante, allez valider la source. La source n’est pas indiquée? Alors, n’y croyez tout simplement pas, c’est sûrement faux. Remarquez ici l’absence de référence (quel sondage?) et… l’utilisation une fois de plus de l’émotion.

 

  • Tout le monde est d’accord avec moi, je le vois sur Facebook! Nous sommes souvent portés à croire que notre fil de nouvelles sur Facebook nous permet d’avoir un bon aperçu de ce que pensent les gens concernant tel ou tel sujet. C’est tout à fait faux, et ce, pour deux raisons. D’abord, ce sont les réactions et commentaires de nos contacts que nous voyons sur Facebook… donc des gens qui nous ressemblent probablement beaucoup et qui ont déjà les mêmes opinions que nous. Ensuite, Facebook, à l’aide des algorithmes qui établissent son fonctionnement, diffuse sur notre fil de nouvelles les messages correspondant le plus à notre profil et à nos opinions, au détriment de ceux allant dans un autre sens. Ainsi, nous sommes nourris dans nos propres croyances en pouvant difficilement voir les arguments opposés à celles-ci.

Bref, gardez toujours ces petits conseils en tête avant de réagir sur les réseaux sociaux. Assurez-vous que vous êtes bel et bien confrontés à la vérité avant de publier. Ainsi, vous serez mieux informés et ne contribuerez pas, bien malgré vous, à répandre de fausses nouvelles sur Facebook.

« L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit. »
– Aristote