Première Guerre mondiale : pot-pourri moulinois

Première Guerre mondiale : pot-pourri moulinois

Par Sophie Ouimet

Il était d’abord prévu d’écrire sur la Première Guerre mondiale en novembre prochain. Après tout, on célébrera alors le centenaire de la fin des combats. Cependant, pourquoi attendre un anniversaire pour aborder le sujet?

 Commençons par une mise en contexte : pourquoi la Première Guerre mondiale?

Succinctement résumé, ce conflit origine de vieilles rancœurs, d’ambitions et de peurs diversifiées… Et de plusieurs autres choses encore. En bref, une tension continue règne en Europe et, à un moment, les événements se précipitent jusqu’à l’embrasement. Alors qu’on prévoit un conflit de quelques mois, la Grande Guerre durera quatre ans (1914-1918) et plus de 8 millions de personnes en mourront. On ne pouvait alors soupçonner combien les armes nouvelles transformeraient les combats.

Évidemment, tout cela n’est qu’une présentation grossière de l’histoire, mais intéresserons-nous plutôt à l’événement sous un aspect local. En effet, alors que le Canada est toujours une colonie, il est automatiquement entraîné dans le conflit par la Grande-Bretagne. Ainsi, le 4 août 1914, Terrebonne et Mascouche « entrent en guerre ».

– Trouver du contenu local sur la Grande Guerre n’est pas chose aisée. De plus, avec les délais de publication, le temps de recherche était limité. Voici donc un pot-pourri d’éléments dénichés ici et là…

L’entrée en guerre

 De façon générale, les Canadiens-français se considèrent peu concernés par le conflit. L’Action Populaire, journal de Joliette distribué dans les Moulins, en témoigne :

« Nous ne sommes absolument pour rien ni de près, ni de loin dans les causes qui ont amené ce conflit européen, et ce n’est que comme colonie britannique que nous sommes en guerre… » (11 août 1914)

Dès le début des hostilités cependant, des gens d’ici en vivent les contrecoups. C’est notamment le cas de Jean Duriez, citoyen de Terrebonne et Français d’origine, qui est appelé au combat par son pays. Restée derrière, son épouse obtient le soutien du conseil municipal qui, entre autres, s’engage à payer son loyer. C’est le 21 août que Duriez part pour l’Europe.

Différemment, les activités de l’artiste mascouchois Georges Delfosse (1869-1939) subissent aussi l’impact de la Grande Guerre. En effet, alors qu’il réside à Paris, l’artiste doit rentrer au Canada. En outre, comme il s’apprête à partir, Delfosse est surpris en train de faire l’esquisse du bateau devant le ramener chez-lui – on l’arrête alors comme présumé espion. Heureusement, on le disculpe rapidement et il ne rate pas son embarquement. Il est de retour en Amérique le 23 août.

Georges Delfosse : Delfosse a produit plus de 3000 œuvres. Selon Claude Martel, il est reconnu comme le « peintre québécois de la lumière ». (La Revue, 30 aout 2011)

 Jean Duriez : En 1917, Duriez obtient un congé au cours duquel il retourne à Terrebonne.

 « Depuis 30 mois, M. Duriez a continuellement été dans la zone des armées et, presque sans répit, sur la ligne de feu. Il a pris part aux combats de l’Aisne en 1915, à l’épopée terrible de Verdun, ainsi qu’à la grande offensive de la Somme. Il a été décoré de croix de guerre avec deux citations à l’ordre du jour […] Son congé lui donne 23 jours à passer auprès de nous, après quoi il retournera reprendre son poste au côté de ses braves poilus… » (L’Écho de Terrebonne, 24 février 1917)

La guerre perdure

 Nous l’écrivions précédemment, personne, au départ, ne prévoyait une guerre longue. Pourtant, les années passent et les soldats sont toujours au front. Départs, décès, victoires, défaites, ennemis, alliés… Le quotidien européen garde toujours la guerre pour toile de fond.

Bien sûr, la situation des civils canadiens est incomparable, bien que le pays participe de plus en plus activement au conflit. Au Canada aussi, la réalité guerrière s’immisce dans la vie quotidienne.

Par exemple, en septembre 1916, les Sœurs de la Providence accueillent au couvent de Mascouche leurs élèves. On s’adresse à elles en ces mots : « Profitez, chères enfants d’un temps si précieux. N’oubliez pas les privations que s’imposent vos parents à cause des circonstances pénibles dans lesquelles ils se trouvent par la guerre actuelle. Une instruction solide sera toujours le plus bel héritage qu’ils puissent vous léguer. » (Archives Providence Montréal)

Le 13 février 1855 est inauguré l’Institut Providence Saint-Louis, sous la direction des Sœurs de la Providence. Pendant plus de 100 ans, l’établissement sera un lieu d’instruction pour jeunes filles, en plus d’un refuge pour gens dans le besoin. L’édifice est l’actuel hôtel de ville.

 La conscription

 Avec une guerre qui s’enlise et des pertes qui s’accumulent, le recrutement canadien ralentit. Une question surgit : le gouvernement devrait-il adopter la conscription, soit l’enrôlement militaire obligatoire?

Ce débat enflamme les esprits et, en politique, le débat est personnifié par le libéral Wilfrid Laurier (contre) et le conservateur Robert Borden (pour). Ce dernier remporte son pari. À Terrebonne, le conseil municipal vote une résolution contre cette décision. Amédée Jasmin, fondateur de L’Écho de Terrebonne, s’exprime via son journal :

« Le mois qui vient de s’écouler aura été le plus désastreux de notre histoire nationale et économique, le plus honteux de nos annales parlementaires, le plus abominable que puisse vivre un pays comme le nôtre […] Autant il était admirable de voir partir nos volontaires pour la défense du respect des traités, de la grandeur de l’Empire anglais ou de la civilisation française, autant il va être ignomineux de voir traîner de force, comme un bétail, nos frères révoltés contre la besogne de mort qu’ils maudissent tout bas. » (29 septembre 1917)

Les célibataires et veufs de 20 à 34 ans, sans enfants, forment la première classe des conscrits. De façon générale, les anglophones étaient pour la mesure, les francophones contre.

L’Écho de Terrebonne : Fondé en 1917, il s’agit du premier journal de Terrebonne. Fait intéressant, la publication sera victime de la guerre : « Après deux ans d’interruption, l’Écho reprend sa publication (…) La violence de la guerre, la conscription, l’inconnu des destins militaires l’ayant obligé au silence. La fin des combats en nous rendant nos jeunes gens nous a permis de songer à nouveau à l’implantation d’un journal local. » (1er juillet 1920).

La guerre continue

Au-delà de la conscription, les mois passent sans règlement de conflit. À Mascouche, les archives des Sœurs de la Providence témoignent du climat, cette fois à l’aube des vacances scolaires de 1918:

« D’ordinaire, au seul mot de « Vacances », la joie rayonne sur tous les fronts, mais nous constatons que l’effet n’est pas aussi magique que d’habitude. Nos grandes élèves surtout semblent entrevoir l’avenir plus sombre et l’on dirait que, intérieurement, toutes font des adieux. » (14 juin, Archives Providence Montréal)

Finalement, le 11 novembre suivant marque la fin des combats. On célèbre la signature de l’armistice.

Mémoire

 Partout sur la planète, des lieux de mémoire honorent la bravoure des soldats de 1914-1918. Terrebonne a son monument aux braves (1922), Mascouche son monument du Sacré-Cœur (1918). Encore aujourd’hui, ces installations témoignent du souvenir local de la Première Guerre mondiale. Et de l’importance de ne pas oublier.