Une sorcière à Mascouche?

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Une sorcière à Mascouche?

MERCI À LA SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DE MASCOUCHE DONT LES RECHERCHES ONT SERVI DE BASE À CET ARTICLE

Par Sophie Ouimet

Y paraît qu’ça fait 20 ans qu’elle a pas pris un bain/Qu’ses sous-vêtements se sont soudés su’ceux d’avant/Y paraît… C’est par ces paroles que le groupe Zébulon ouvre sa chanson Marie-Louise. Assurément, vous êtes plusieurs à la connaître. En connaissez-vous cependant la muse?

 Marie-Louise Desjardins est née le 17 janvier 1897. Fille d’Éphrem Desjardins et de Délia Allard, elle a vécu à Mascouche sur l’actuelle rue Saint-Jean. Plus précisément, sa maison était située tout près de l’avenue Châteaubriant.

Marie-Louise n’a pas un an lorsque son père décède d’une coupure mal soignée. Alors que l’aîné de la famille n’a que 8 ans, la veuve Desjardins se retrouve seule avec six enfants et une terre à cultiver. Restée célibataire, Marie-Louise habite avec sa mère jusqu’au décès de cette dernière, en 1954. Elle réside alors seule dans la maison familiale.

L’historien Jean-Claude Coutu se souvient d’elle : « Marie-Louise était une excentrique pour son époque. Été comme hiver, elle allait faire ses commissions au village et se baladait, mal attriquée, toute de noire vêtue, emmitouflée dans de multiples couches de robes, de jupes et de blouses […] et pendant (à son cou) une impressionnante étole de fourrure à tête de renard. »

À l’époque, plusieurs rumeurs circulaient sur la Mascouchoise. Par exemple, on disait qu’elle possédait environ 80 chats, dont plusieurs auraient été volés. On racontait même que Marie-Louise mangeait la nourriture de ses félins. En outre, on se questionnait à propos de son hygiène – personne n’osait s’asseoir près d’elle à l’église.

La vieille femme du village est victime de commérages/J’sais pas si c’est vrai; j’sais pas si c’est pas vrai/Va donc savoir l’histoire de Marie-Louise.

 Les ragots n’étant pas qu’une affaire d’adultes, dans la cour d’école, des enfants prétendaient que Marie-Louise était une sorcière. Liette Beaupré, toujours résidente de Mascouche aujourd’hui, ne croyait pas à la sorcellerie. N’empêche, elle n’aimait pas marcher devant la maison de cette intrigante femme : « J’avoue que j’avais hâte d’être loin », dit-elle. Finalement, vers l’âge de 12 ans, Mme Beaupré a accompagné son père plombier chez Marie-Louise, où des travaux étaient nécessaires.

« Je me souviens très bien de ma nervosité lorsque je montais les marches de sa galerie, se remémore-t-elle. Puis elle nous a accueillis avec un très beau sourire. Ce qui m’a marquée le plus était sa voix. Une petite voix toute douce, une élocution claire. Une femme toute simple, habillée d’une robe un peu usée, mais convenable. Elle discutait avec mon père et j’ai vu là une femme tout à fait normale, polie, gentille et souriante. » Mme Beaupré note aussi que s’il y’avait toujours beaucoup de chats sur le perron, il y en avait peu dans la maison.

Aujourd’hui, la femme considère que la fillette qu’elle était est sortie grandie de cette rencontre : « J’en ai retenu que certaines personnes sont seules et démunies et qu’il est trop facile de juger sans connaître. » Bien que s’étant sentie privilégiée d’avoir vu le « véritable visage » de Marie-Louise, Mme Beaupré confie n’en avoir jamais parlé aux autres enfants : « Je n’ai pas parlé de cette visite avec les autres, car tous avaient la même opinion d’elle et, à cette époque, j’étais très timide et jamais je n’aurais osé donner mon opinion. »

La vielle femme des Moulins fait placoter ses voisins/[…] La vieille fille des Moulins c’est ben d’valeur a’s’est éteint

 Marie-Louise Desjardins est décédée le 5 octobre 1976. Elle repose aujourd’hui dans le cimetière Saint-Henri de Mascouche. Pour sûr, jamais l’on ne pourra savoir la juste part de vérité de tous les ouï-dire. C’est ainsi que la légende de Marie-Louise est née.