Selon l’amie du cousin de mon voisin…

Selon l’amie du cousin de mon voisin…

Par Sophie Ouimet

Néron a-t-il incendié Rome? À cette question, les historiens d’aujourd’hui répondraient non, du moins une vaste majorité. En perd-elle ainsi tout intérêt historique? À nouveau, la réponse est non.

 Selon la légende, Néron, empereur romain, aurait mis le feu à la ville. Il se serait ensuite juché en hauteur pour apprécier le spectacle, et aurait joué de la lyre et chanté des vers écrits pour l’occasion. Ultimement, Néron aurait ambitionné d’ériger sur les ruines romaines une nouvelle cité, Neropolis. Cet événement serait survenu en juillet 64.

Réglons d’abord une question : Rome a bel et bien été ravagée par un incendie en 64. De plus, des rumeurs ont réellement circulé sur la culpabilité de l’empereur. Si cette hypothèse est aujourd’hui réfutée par les spécialistes, elle demeure un sujet de discussion foisonnant. Comment un récit considéré faux peut-il intéresser des individus à la recherche de faits?

Eh bien parce que toute légende ne peut exister que si elle s’appuie sur un certain seuil de vérité. De là, l’intérêt historique consiste à dégager les bases sur lesquelles elle s’appuie. Illustrant le propos, voici deux faits mis en scène dans la légende de « Néron l’incendiaire ». Outre l’évidence que l’empereur était une personnalité controversée.

  1. Ce dernier aimait s’adonner aux arts du spectacle, un divertissement jugé dégradant pour un empereur.
  2. Néron s’impliqua activement dans la reconstruction de Rome et proposa un programme urbanistique considéré démesuré. Sur certains quartiers ravagés, il fit également édifier un palais, la Domus aurea. Cette construction fut jugée trop grandiose dans le contexte, et trop moderne par certains Romains conservateurs.

Évidemment, l’exemple de Néron en est un spectaculaire. À plus petite échelle, on pourrait citer le cas d’Alexis le Trotteur, celui qui aurait rivalisé de vitesse avec les chevaux et les trains.

De son vrai nom Alexis Lapointe (1860-1924), cet homme était originaire de la région de Charlevoix. Il a occupé divers métiers l’ayant amené à voyager dans plusieurs régions. Ses excentricités et ses pitreries attiraient l’attention et, enfin, il possédait de formidables aptitudes à la course. De là à filer plus vite qu’un train? Là furent les prétentions de certains témoins, et c’est ainsi que la légende du Trotteur est née. D’un simple individu original de son vivant, il s’est imposé dans l’imaginaire collectif après sa mort. Son nom est immortalisé dans des chansons, dans la toponymie, etc.

Pour L’Espion de Quartier, j’ai tenté de dénicher une personnalité moulinoise autour duquel se serait construite une légende. Après quelques recherches, j’ai fini par trouver. Les amateurs de musique québécoise la reconnaîtront peut-être…

 

Les légendes ne sont-elles pas toujours fondées sur des faits?
— Hermione Granger (J.K. Rowling)