Le covoiturage amélioré

Le covoiturage amélioré

Par Dany Lavigne

Pour un deuxième numéro de suite, j’interviewe un biologiste de formation! Il s’appelle Marc-André Poirier et est chargé de projet au Conseil régional de l’environnement de Lanaudière (CREL). Parmi ses responsabilités, on compte la conservation des inventaires fauniques et floristiques, ainsi que le projet de covoiturage Embarque Lanaudière.

Ce n’est sûrement pas tous nos lecteurs qui connaissent le CREL. Quel est le rôle de cet organisme?

Tout d’abord, le CREL touche toutes les branches de l’environnement : la lutte contre les changements climatiques, la conservation d’habitats, la gestion des matières résiduelles, etc. Notre démarche vise autant à éduquer les gens qu’à faire des projets très concrets auprès de la population. On va s’impliquer dans toutes les sphères sociales, ainsi que dans tous les types de projets environnementaux qui nous intéressent en vertu de nos expertises.

Pouvez-vous nous parler du projet Embarque Lanaudière sur lequel vous travaillez présentement?

Il faut savoir qu’un Plan d’action de lutte contre la dépendance au pétrole dans Lanaudière a été réalisé en 2012-2013. Ce qui ressortait de très frappant dans ce projet-là, c’était que 75 % des produits pétroliers étaient consommés dans le transport, surtout par des véhicules légers. C’est pourquoi on a décidé de viser l’auto solo. Une des recommandations qui étaient faites dans le rapport, c’était à court terme de développer un projet de covoiturage. Embarque Lanaudière vise à implanter un réseau de stationnements incitatifs pour que les gens puissent y laisser leur voiture s’ils vont avec d’autres personnes dans une seconde voiture. S’ils arrivent en vélo dans le stationnement, tant mieux! On a beaucoup d’actions de promotion, entre autres, pour convaincre les gens des très grands avantages de passer au covoiturage. Pensons au temps sauvé à utiliser les voies réservées au covoiturage, comme celles sur l’autoroute 25 près de Terrebonne. On aimerait que le ministère des Transports du Québec initie sur d’autres autoroutes cette pratique-là.

À mon Cégep, les gens ont souvent des horaires différents. Le covoiturage peut-il fonctionner dans ce contexte?

Je crois que oui. Le projet Embarque Lanaudière est un partenariat avec les MRC, les municipalités. Le covoiturage est complémentaire au transport collectif. Un étudiant peut utiliser le covoiturage le matin et repartir en transport collectif lorsqu’il a fini ses cours. Le Cégep de Terrebonne est dans un secteur industriel, ce qui est un avantage. Il y a des travailleurs qui ont un horaire beaucoup plus régulier. Si on est capable d’inclure ces travailleurs-là, cela va bonifier l’offre. C’est un effet boule de neige, il ne faut pas s’en cacher : plus les gens vont en entendre parler, plus on va être capable de modifier tranquillement les comportements. En outre, la sécurité est un aspect qui nous tient à cœur. On veut éviter entre autres les comportements à la Uber. Il faut que le covoiturage soit accessible pour tout le monde et que les gens aient du plaisir à covoiturer.

Le CREL a récemment participé à un programme qui amenait des élèves du primaire à planter de l’ail des bois. Pourquoi cette initiative?

La plantation d’ail des bois vise à contrer la perte de biodiversité, à agir pour la conservation. Les organismes comme Greenpeace, la Fondation David Suzuki et Équiterre nous préviennent qu’on a de plus en plus une fragmentation d’habitats. De plus en plus, il y a de l’étalement urbain. L’aménagement aujourd’hui doit être repensé. On a les idées, mais ce n’est pas toujours appliqué, malheureusement.

On parle toujours de planter des arbres. Planter de l’ail des bois, je trouve ça original!

Tout à fait. Il faut savoir que ça a été initié par une biologiste du Biodôme de Montréal, dans le but de contrer la chute des populations d’ail des bois. Chaque année, on a beaucoup de contrevenants à la loi. Il faut se limiter à cinquante bulbes par année par personne, faute de quoi un agent de protection de la faune peut nous donner une amende. Pour le projet dans Lanaudière, on a fait de la sensibilisation en classe. On parlait aux enfants de la biodiversité, de l’habitat de l’ail des bois, etc. Lors d’une visite sur le terrain, dans des érablières, on a fait de l’ensemencement à partir de graines qu’on avait récoltées une année ou deux avant. Le projet visait à créer cinq nouvelles populations d’ail des bois, et pour quatre d’entre elles, ce fut un très franc succès.

Vous avez pour mission de favoriser la conservation des milieux naturels lanaudois. Y a-t-il un milieu dans la MRC Les Moulins auquel vous pensez en particulier?

C’est une bonne question! Je n’aurais pas d’endroit particulier qui me vient à l’esprit. Comme je l’ai dit un peu plus tôt, c’est important d’éviter la fragmentation d’habitats. C’est là qu’on est capable de permettre aux espèces d’avoir un « effet de sauvegarde », comme on dit. Par exemple, une population qui est en détresse peut avoir besoin d’une population voisine pour avoir un taux de survie plus élevé. C’est important d’avoir une connectivité. En faisant de l’étalement urbain, des fois on va segmenter chacun de ces îlots d’habitats là, par des routes notamment. Pour certaines espèces, ça va être un grand obstacle, pour d’autres moins. Certaines espèces de grenouilles, en arrivant près des routes, vont rebrousser chemin parce que c’est un stress trop grand pour elles. Pour garder notre biodiversité, c’est 50 % d’habitats naturels qui devraient être conservés.

Est-ce que vous sentez que les élus sont réceptifs aux recommandations du CREL?

Ça dépend vraiment des municipalités. Certaines sont beaucoup plus sensibles à l’environnement. À ce moment-là, c’est beaucoup plus facile de les approcher et de leur faire des recommandations, qu’elles accueillent avec joie en général. Il y a d’autres municipalités parfois où c’est plus difficile : on craint que les mesures environnementales viennent freiner l’économie. C’est nouveau encore l’environnement pour certains. Plus on est capable de vendre des beaux projets qui ont très bien fonctionné, plus on arrive avec un dossier plus solide à présenter aux élus municipaux et aux conseils administratifs pour leur faire des recommandations et les accompagner. Un projet, ça ne va jamais suivre la même ligne directrice. C’est sûr qu’il va y avoir d’autres variables qui entreront en ligne de compte.