La sexualité des jeunes parents : quand la libido dit bye bye!

La sexualité des jeunes parents : quand la libido dit bye bye!

Par Roxane Bélec

 

Cet automne, dans un souper bien arrosé avec plusieurs couples d’amis qui sont aussi parents, le sujet de la sexualité est tombé sur la table et la question ultime a été posée : combien de fois par semaine faites-vous l’amour? La réponse a été unanime et tout le monde a bien ri en se demandant si « par semaine » était le bon indicateur à choisir. Il n’en fallait pas moins pour me donner envie de lire sur le sujet et tenter de connaitre comment les couples peuvent prendre soin de leur désir dans le tourbillon infernal de la parentalité.

 C’est bien connu, quand on devient parent, les besoins du couple changent. Lors des premières semaines avec bébé, la priorité est de répondre aux besoins de l’enfant et de tenter de répondre à ses propres besoins primaires, soit dormir et manger. À cette étape, l’envie de sexualité effleure rarement l’esprit des nouveaux parents et c’est tout à fait normal. Lorsqu’une routine s’installe enfin, il y a plus d’espace dans le quotidien, permettant un retour vers une sexualité active pour certains couples. Cependant, pour d’autres couples, le désir se fait attendre ou peut sembler éteint.

Véronique Boisvert, sexologue clinicienne et auteure, explique que plusieurs facteurs peuvent causer la perte de libido ou l’absence de désir. Ainsi, pour retrouver cette envie de sexualité, il est absolument nécessaire d’identifier les blocages qui nous en empêchent. Ils peuvent être d’ordre biologique ou psychologique. En lien avec cette absence de désir, les couples vivent souvent beaucoup de culpabilité. Alors que les hommes se sentent moins homme, les femmes sentent qu’elles n’occupent pas leur rôle stéréotypé de bonne épouse. « C’est comme si l’homme ne remplissait pas son genre alors que la femme ne remplissait pas son rôle », soutient Véronique Boisvert. Toutefois, ces couples, qui se mettent beaucoup trop de pression sur les épaules, devraient plutôt constater que le désir a tout simplement changé. « Quand on devient parents, la vie change. C’est normal que les habitudes et le quotidien se transforment », explique la sexologue.

Une fois les facteurs causant une perte de désir identifiés, la deuxième étape est de tenter de les régler et d’agir sur ceux-ci. Dans sa pratique, Véronique Boisvert observe que plusieurs couples témoignent manquer de temps. Néanmoins, il reste que pour faire renaitre ce désir évanoui, il est primordial de soigner et cultiver le lien qui unit le couple. Selon la sexologue, trop souvent les gens se perdent et oublient de passer du temps ensemble. Dans le même sens, Sylvie Lavallée, sexologue et psychothérapeute, affirmait récemment dans une entrevue radiophonique que le couple doit s’assurer d’avoir une rencontre de qualité. Avec des enfants, c’est bien difficile d’être spontané et les partenaires doivent faire des efforts pour préserver ce lien qui les unit. C’est dans l’intimité, le langage et la qualité de présence que le lien sera protégé. Ainsi, l’effort fait par les partenaires deviendra une intention érotique d’où ressurgira le désir, la libido. Il faut donc continuer de choyer son couple, prendre le temps de s’embrasser et de se caresser, se réserver des moments pour se parler les yeux dans les yeux et surtout ne pas se tenir pour acquis. Sylvie Lavallée précise aussi que la sexualité n’est pas seulement l’acte de faire l’amour avec pénétration. « La performance n’a aucun sens, c’est la qualité de la présence qui importe », explique-t-elle. Dans le même sens, Véronique Boisvert explique qu’il n’y a pas de chiffre magique quant à la fréquence des rapports sexuels dans un couple. « De faire l’amour deux fois par mois ou deux fois par semaine, ce qui importe, c’est que cela rende heureux les deux partenaires », soutient-elle.

À quel moment faut-il consulter un ou une sexologue? Véronique Boisvert affirme qu’il ne faut pas attendre. Selon elle, si on n’arrive pas à mettre le doigt sur la cause de notre perte de désir ou si celle-ci cause de la souffrance, il faut consulter. « Les gens sont souvent hésitants à aller consulter parce qu’ils ont l’impression d’être faibles et impuissants. Mais, seul, il est difficile de prendre du recul et d’y voir clair ». Alors que plusieurs consultent seuls, il arrive souvent que la sexologue invite le conjoint ou la conjointe à se joindre aux séances. La sexologue explique aussi que plusieurs approches peuvent être utilisées selon la nature du problème ou selon les préférences du couple qui consulte. « Normalement, une dizaine de séances sont nécessaires pour commencer. Ensuite, certains couples décident de poursuivre alors que d’autres s’arrêtent, satisfaits de leur cheminement », précise-t-elle.

Enfin, si vous voulez en savoir plus, plusieurs ressources sont disponibles sur le Web. Sur le site mamanpourlavie.com, Véronique Boisvert a écrit près d’une vingtaine d’articles sur le sujet où il y a toujours une section réservée aux hommes. La sexologue a aussi écrit un livre qui est plus que pertinent quand on se prépare à accueillir un enfant. Bien vivre ma période postnatale, publié aux éditions En t’attendant, permet, comme son titre l’indique, de se préparer à après l’accouchement, une période qui est rarement présentée dans les cours prénataux ou autres ouvrages sur la maternité. Finalement, à Terrebonne et Mascouche, vous trouverez plusieurs sexologues cliniciens qui se spécialisent en perte de désir chez les couples. Afin de vous assurer que la personne est bien un professionnel accrédité, rendez-vous sur le site de l’association des sexologues du Québec. Vous y trouverez d’ailleurs le Centre Multi-Thérapie Mascouche et la Clinique sexologique Lachenaie.

« Ce n’est pas dans la jouissance que consiste le bonheur, c’est dans le désir, c’est à briser les freins qu’on oppose à ce désir. »
— Marquis de Sade