La fin du monde est une mine d’or

La fin du monde est une mine d’or

Par Martin Théorêt

Qui veut une mine d’or? Tout le monde, bien sûr! Qui veut la fin du monde? Personne! Du moins, je l’espère. Mais comment alors conjuguer quelque chose que tout le monde veut avec quelque chose dont personne ne veut? Ça ne semble pas contradictoire? Eh bien non, car la nécessité est la mère de toutes les inventions, je ne me souviens plus trop qui disait ça, mais il ou elle avait drôlement raison.

L’évitement de la fin du monde étant ici la nécessité, tout ce qui en permet la réalisation (de l’évitement) est alors une invention. Vous savez que certaines personnes se spécialisent en mathématiques des statistiques? Je ne sais pas trop exactement comment ces gens se nomment ou se désignent, mais l’un de mes clients avait déjà produit une formule mathématique en associant des probabilités de réalisation à un événement entièrement aléatoire qui dépendait en fait d’opinions personnelles! Si la fin du monde égale -1 et que votre invention égale 1, vous sauverez le monde.

Mais j’y pense, je ne vous ai toujours pas dit pourquoi la fin du monde est une mine d’or.

Tout récemment, je visionnais un épisode de « Dans l’œil du Dragon » à Radio-Canada, un inventeur proposait d’investir dans sa société. Cet inventeur, lui, a compris que la fin du monde est une mine d’or. Je vous explique le produit : une jolie brosse à dents dont le manche est fait de bois de bambou. Eurêka!

Systématiquement, lorsque les poils de ma propre brosse à dents me hurlent de leur accorder un repos bien mérité, ma conscience en prend un coup lorsque mes yeux se posent sur le reste de l’objet, tout fait de plastique non réutilisable, non récupérable et non recyclable (les trois « N »!?). Je trouve terrible, et suis pris de plein de remords, de jeter à la poubelle cet objet ayant eu une courte vie utile, du moins immensément plus courte que son après-vie, soit un repos quasi éternel dans un dépotoir où il faudra entre 400 et 500 ans pour effacer toute trace de ma brosse à dents.

Nous sommes 8 millions de Québécois et Québécoises, c’est donc 8 millions de manches de brosse à dents qui se retrouvent annuellement dans nos dépotoirs (ceci en présumant que chaque Québécois change de brosse à dents au moins une fois l’an, ce que je souhaite à tous!)

Du plastique, du plastique et encore du plastique. Ça fait tellement de plastique qu’on pourrait enterrer l’île des Moulins au complet avec des manches de brosse à dents.

La brosse à dents de l’entrepreneur en question est biodégradable. Encore une fois, eurêka! Et le coût de détail est le même qu’une brosse à dents classique. Doublement eurêka! Et en plus, le bois de bambou se régénère à une vitesse rapide! Triplement eurêka! Et en plus, la croissance d’un arbre occasionne plus d’absorption de CO2 que de rejet! QUADRUPLEMENT eurêka!

Juste dans mon cercle d’amis et de collègues, nous sommes déjà tous vendus à l’idée.

Voilà pourquoi la fin du monde est une mine d’or. Allez, chers Moulinois et chères Moulinoises, exploitez cette mine d’or, elle est vaste et regorge de ressources qui n’attendent qu’à être mise en marché.

«Nous avons volé et violé la planète pendant trop longtemps. On ne peut pas continuer ainsi.»
– Karim Rashid