Je n’ai pas signé la pétition

Je n’ai pas signé la pétition

Par Dany Lavigne

Depuis quelque temps circule une pétition pour le parachèvement de l’autoroute 19 entre la 440 et la 640. Le texte débute en soulignant que « [l]a congestion entre la couronne nord et Laval nuit à la qualité de vie des résidents et usagers. » Que son instigatrice me pardonne : je n’ai pas signé ladite pétition.

Je comprends très bien le désarroi de mes concitoyens qui sont pris dans le trafic aux heures de pointe. Ma femme le vit du lundi au vendredi et je ne l’envie guère. Le gros bon sens suggère que, s’il y a trop de voitures sur les routes, il faut plus de voies. Mais est-ce vraiment la solution?

En ajoutant des autoroutes pour relier la banlieue à Montréal, on ne fait qu’inciter les gens à s’éloigner toujours plus. C’est ce qu’on appelle « l’étalement urbain ». Au mieux, les nouvelles routes améliorent la situation à court terme, mais avec l’expansion du parc automobile, la congestion réapparaît sans cesse. L’expérience du pont de la 25 en témoigne.

La Coalition pour le parachèvement de l’A19 – formée d’élus, d’acteurs économiques et de contribuables – insiste beaucoup sur le fait que le projet prévoit un stationnement incitatif et des voies réservées au transport en commun. Dans un bel exemple d’écoblanchiment, ils ont même choisi un autobus comme logo pour accompagner leur slogan : « Un choix collectif et durable ». On en oublie quasiment que ce sont en très grande majorité des voitures qui circuleraient sur le nouveau tronçon…

Dans un rapport publié en 2015, le Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) confirme que le lien routier entre Laval et Bois-des-Filion doit être amélioré. Or, il recommande qu’on étudie aussi la possibilité de créer un boulevard urbain à la place d’une autoroute. Cette option s’inscrirait davantage dans une optique de développement durable.

L’exemple de San Francisco aux États-Unis a de quoi faire réfléchir. Jan Gehl, le grand urbaniste danois, rappelle que le tremblement de terre de 1989 avait détruit l’autoroute de l’Embarcadero qui menait au centre-ville. Au lieu de reconstruire les choses à l’identique, les autorités de la ville ont plutôt opté pour « un boulevard urbain parcouru par des trolleybus, bordé d’arbres et de larges trottoirs ». Très appréciée des citoyens, cette route est désormais propice à la vie urbaine et à la pratique du vélo. Et curieusement, le changement n’a pas eu d’effet négatif sur la circulation, au contraire!

À ceux qui aiment rappeler que le parachèvement de l’autoroute 19 est une demande qui date des années 1960, je me permettrai de mentionner que l’urbanisme a évolué depuis cette époque.

« La pire idée que nous ayons eue est l’étalement urbain. »
— Jeff Speck